Une révolution diplomatique



Soixante-cinq ans après, la guerre de Libération d’Algérie fait toujours autant parler d’elle, comme si que les coups de canons tirés ce premier novembre décisif, résonnent toujours aux oreilles du monde… 

Force est de constater que de cette révolution qui a marqué les esprits par sa stratégie, son organisation et son efficacité, beaucoup de gens n’ont retenu que l’aspect militaire : des moudjahidines armés de fusils et de grenades artisanales, combattant la cinquième puissance militaire mondiale.

Nous occultons souvent ce qui a contribué à la victoire de l’Algérie sur la France, et ce qui lui a permis de la faire capituler : la diplomatie.


Car comme le souligne l’historien américain Matthew Connelly, il est faux de penser que le militaire l’emporta sur le politique. En France, il est encore répandu que « c’est la France qui a donné son indépendance à l’Algérie… », tandis qu’ « en Algérie, et dès leur jeune âge, les Algériens apprennent que le peuple a chassé la France par la force des armes… »

Souvent occultée ou brièvement citée, l’internationalisation de la cause algérienne aida grandement le combat, en affaiblissant la position de la France aux yeux de l’opinion internationale, et en faisant gagner en visibilité la lutte de libération.


Nous sommes en 1956, deux ans après le déclenchement de la Guerre : le FLN, plus actif que jamais, multiplie les assauts contre l’ennemi, travaille à éveiller la conscience du peuple, mais le fait est que les troupes de l’ALN s’affaiblissent. Une réunion est planifiée en août, dans la commune kabyle d’Ouzellaguen, connue sous le célèbre nom « Congrès de la Soummam ». Les principaux dirigeants de la guerre réunis, un bilan rigoureux fut établi, accompagné de nouvelles résolutions à adopter, dans l’optique d’appliquer un des principes phares de la révolution : « primauté du politique sur le militaire et primauté de l'intérieur sur l'extérieur.»

C’est en ce jour que le Comité de coordination et d’exécution (CCE) ainsi que le Conseil National de la Révolution Algérienne(CNRA) naquirent afin de doter la révolution d’une assise nationale et révolutionnaire, et de lui assurer une présence sur le plan international plus prononcée : la guerre froide, ainsi que le triomphe de divers mouvements anticoloniaux en Asie, ouvrirent une fenêtre d’opportunité que le FLN ne manqua pas de saisir. 

Le travail commencé en 1955 par Hocine Aït-Ahmed avait pavé le chemin : il se rendit à New York, à l’Assemblée générale de l’ONU, et y aborda la question algérienne, au grand dam de la délégation française qui sortit de la salleen protestation. Là venait de commencer la bataille diplomatique que l’Algérie mènera avec succès.

La France essaya tant bien que mal de faire face par une compagne de désinformation, allant jusqu’à même qualifier la Guerre de « conflit interne » ou encore de « choc de civilisation ». En vain, l’efficacité de la délégation extérieure algérienne convainquit la cour internationale.


Les efforts fournis par le FLN au niveau de la sphère démocratique, permirent la création du Gouvernement provisoire de la République Algérienne, le 19 septembre 1958 : «ce fut un phénomène entièrement nouveau que de créer un gouvernement représentant le peuple algérien sans même avoir libéré une partie du territoire. »


La France, et de Gaulle plus particulièrement, devinrent fous face à cette compagne qui portait une atteinte sans précédent à l’image de leur pays. Perdant de plus en plus de terrain au niveau international, ils ne purent que capituler. Matthew Connelly dit à ce propos : « Ce n’est pas la France qui a donné son indépendance à l’Algérie, mais l’Algérie qui a donné son indépendance à la France.»

Outre l’indépendance déclarée le 5 juillet 1962, après un combat exceptionnel, une colonisation de plus de 100ans, la révolution algérienne eu un réel impact sur la politique des années 1950et 1960 : la crise de Suez, la sortie de la France de l’OTAN, les liens tissés avec d’autres pays opprimés… ses répercussions sont indénombrables. Un tel exemple de révolution et militaire, et médiatique, ne sera jamais oublié dans l’histoire.


« Les Algériens ont montré comment les idées peuvent être plus fortes que les armes, comment la victoire est possible par la force des idées.»    


Camélia Lourdiane

Sources :

  • « L’arme secrète du FLN : Comment de Gaulle a perdu la guerre. » de Matthew Connelly
  • Une DiênBiên Phu diplomatique, El Watan, novembre 2018.

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